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lundi 26 juin 2006

morituri te salutant

La place, écrasée de chaleur, était déserte. Les villageois s'étaient réfugiés derrière leurs murs blancs pour échapper à l'atroce chaleur qui sévissait depuis plus d'un mois. La vie oscillait entre réserves d'eau fraîche à l'aube et palabres à la nuit tombée, jusqu'au jour de la visite.

A l'ombre minimale, au coeur de la fournaise, le bruit de pas enfla pour devenir assourdissant. Et chacun de regarder avec curiosité, inquiétude ou terreur le centre de la place. Face à la fontaine, l'inconnu(e) s'était arrêté(e) et restait immobile.
L'eau rugissante accapara toutes les pensées, le spectre du tarissement, irrationnel, surgit dans nombre d'esprits et certains envisagèrent même une action musclée. Mais l'obscurité grignota la lumière, et avec elle la silhouette qui disparut sans que quiconque le remarque ! L'escamotage parfait ...

A la nuit tombée, autour du point d'eau, force points de vues furent exposés, raillés ou approuvés. A l'aube le fond de la fontaine fut exploré, mais pour y trouver quoi ? Le temps passa mais le malaise persista. Que s'était-t-il donc passé ? Qui ou quoi était venu ? Pourquoi ?
La singularité avait échappé à tous, il ou elle n'avait pas bu.

samedi 3 juin 2006

octopus killer

Une immense fatigue m'assaille sur le chemin du concert. Terrassé, je m'assieds au fond de la salle et, sur scène, l'homme s'effondre sur la chaise. Une bordée d'air frais me réveille, nous sommes sur le chemin du retour, D. conduit en silence. La route, enfoncée d'un mètre par rapport au talus, est bordée sur ses deux flancs d'une rangée de chênes centenaires. Le pavé irrégulier secoue sans ménagement ce qui me reste de conscience.

Soudain, le fantôme surgit du presbytère et se met à planter de grands coups de couteau rageurs sur le capot. J'observe la danse de l'intrus qui, dépouillé de ses dernières possessions, hurle sa rage. Je savoure chaque seconde ou millier d'années, l'élastique du temps est prêt à rompre.

Enfin, nous débouchons sur la rue principale, déserte à cette heure. D. évite un lancer de plaque d'égout qui se perd dans la nuit dans un bruit apocalyptique. J'ouvre la portière, l'escalier abrupt est à sa place. Je le grimpe allègrement, entouré de fourrés aux senteurs indescriptibles. En contrebas, une dizaine de spots lumineux crèvent la nuit et s'acharnent à en dévorer la chair. Ce ne sera pas pour cette fois encore ...