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jeudi 27 octobre 2005

occasio facit furem

La vitrine sale, fissurée sur sa largeur, laissait entrevoir un capharnaüm d'objets épars à même le sol. Appuyé contre un tabouret un calendrier reflétait la lumière criarde. Quasiment chaque jour était annoté "la fête", motif calligraphié avec soin au gros feutre noir. Un fêtard impénitent sans doute, désirant garder trace de ses beuveries. Etrangement, une seule date se démarquait, écrite d'une fine écriture verte, d'une autre main ? Que s'était-t-il donc passé en ce jour de février ?

Lassé par ce jeu futile, je m'apprête à partir lorsque, du fond de la boutique l'homme, que j'avais cru de paille, s'anime et en franchit le seuil. La silhouette, d'une démarche faussement assurée me frôle. Je recrache quelques pépins de pomme, ils tintent joyeusement contre les barreaux du soupirail. Alerté et amusé, je suspends mon élan. La faucheuse attendrait son dû, aujourd'hui c'est la fête !

Je croque une nouvelle pomme.

mercredi 26 octobre 2005

mortels rubis (l'araignée)

Le poison se distillait lentement. Ma respiration courte et peu profonde, mon pouls accéléré et une importante sudation en témoignaient. J'arrivais enfin à décoller mon regard des deux points rouges, rubis mortels, ornant mon poignet.

Le ventre en feu, vomissant un flot de salive, j'escalade le lit, rampe jusqu'au côté opposé. Les yeux brouillés, je cherche fébrilement le téléphone. Le combiné est mou et tiède, luisant de sueur. Un spasme violent m'avertit du danger mortel, je mords et me propulse dans l'ombre. Il s'est arrêté et comtemple, incrédule, un de ses appendices. Enfin, il s'éloigne.

lundi 24 octobre 2005

l'arbre aux chats

Le chemin herbeux au tracé improbable débouchait sur le plateau. A sa droite, un arbre majestueux marquait l'orée de la forêt. Son tronc vibrait d'une énergie insoupçonnée, son feuillage diffusait une mélopée hypnotique, les écureuils au plumage rouge y menaient grande vie. Je le contemplais souvent longuement, allongé parmi les trèfles.
Bientôt pourtant, cela prendrait fin. Au coeur de l'hiver, l'arbre se chargeait d'atroces trophées. Aux branches basses, suspendues par des fils de fer, pendaient les dépouilles de chats torturés, brûlés, éventrés, brisés, mutilés. Je hâterais alors le pas, passant sans un regard entre les fourches caudines des carcasses putréfiées.

samedi 22 octobre 2005

le démon de février

Ma mémoire défaille, telle une éponge elle laisse s'écouler le trop absorbé. Le démon de février m'a choisi, ou l'ai-je choisi ?

Nos rencontres égrènent leurs scories sur la dorsale de ma vie. Par tous les moyens, j'ai tenté de le détruire ou de l'intégrer, mais aucune feinte, aucune ruse, n'ont réussi à le prendre en défaut. Versatile et polymorphe, il a toujours su me faire déjouer. Pourtant, j'hésite à franchir le treizième cercle.

Y survivrait-t-il ? Envisager son absence m'est insupportable. A-t-on jamais séparé le bon grain de l'ivraie, le sang de la chair, le bien du mal ?

Je franchis le cercle.

vendredi 21 octobre 2005

le goûter

A l'approche de l'heure, il se recroquevillait sur sa chaise. Son visage blêmissait, semblant s'éclairer par l'intérieur. A l'heure dite, l'échine courbée, il s'éloignait dans une parodie de fuite.

Les autres s'approchaient alors, réclamant pitance. Il résistait mollement, parfois pleurait, et finissait par s'exécuter. Les autres, ravis de l'aubaine renouvelée, partageaient alors le fruit de leur rapine, m'en proposaient parfois.

Un jour, il disparut. J'appris à quelque temps de là, par un des autres, son tragique destin. L'oraison funèbre, semblable à sa vie, fut brève et pitoyable.

J'aurais voulu goûter son goûter.

jeudi 20 octobre 2005

cck

Tel un bubon sur la langue du monde, cck m'est apparu près de l'autoroute. Ses contours courbes, incertains et corrodés par les éléments ré-haussent ses traits d'une noirceur lugubre.

Le temps gris, son immobilisme me font penser à un tag inachevé. cck m'observe de son oeil noir. Curieusement, il émane de lui à la fois rage et fragilité, confiance et désespoir. Essayer de comprendre sa création me donne le vertige.

cck, j'aurais voulu te connaître, comprendre et partager. Mais le temps nous a réunis en ce moment d'incommunicabilité.

cck mon ami

mardi 18 octobre 2005

les lauriers

Des lauriers je me suis rapproché en ce jour ensoleillé. Les fleurs, rouges, roses, jaunes et blanches, éclatantes de joie, m'ont rempli d'admiration. La nuit venue, je n'ai pu m'empêcher de les couver une dernière fois du regard.

Demain sera un autre jour, la horde m'attend.