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dimanche 17 août 2008

bienvenue chez toi !

Bruit insupportable, fumée irritante, invités envahissants, la fête arriva soudain au point de nausée. Le coeur au bout des lèvres je me levais, ramassais le sac à viande, et m'apprêtais à partir. Je fis coulisser la chaîne à travers la porte en bois de la cave.
cck s'appuya contre le mur de ciment brut pour un aparté qui sentait le fiel. J'écoutais son plan, longuement ruminé, de descente vengeresse et de rapine. L'ampoule grisâtre du local poubelles brilla plus intensément, le spectre de la banqueroute des idées s'approcha. Je hochais la tête, dubitatif, et attisait mon propre projet. Un souffle bruyant m'indiqua que j'avais fait mouche. Un long silence, accumulateur d'énergie, précéda le scellement d'un nouveau pacte.

mardi 12 août 2008

les mains encagoulées

Caresser la peau craquelée du monde, en faire saillir les opportunités, palper le sous-jacent, ressentir le souffle de la vie. Les mains encagoulées oeuvrent sans âme ni conscience depuis la renonciation, depuis l'aliénation. Les promesses chimériques enivrent et ravagent le corps sublime.
Après une dernière étreinte, les mains encagoulées abandonnent la pelure qui, d'assuétude, en perd la vie.

mercredi 26 décembre 2007

les saisons du mensonge

L'endroit était vide, bruissant de mille silences aux parfums d'orangers.
A mes côtés, nul combat, juste une présence.
Il était venu les bras chargés d'offrandes, avec pour seuls amis le doute et l'envie,
L'émerveillement du monde absent de son regard.
Sa route n'est point mienne,
Le spectre s'éloigne en quête de désespérance.

jeudi 29 mars 2007

naufrageurs d'autoroute

Au rond-point sud de l'échangeur j'ai revu, sombre et sinueux, cck. Flanqué de Ben, au teint rose maladif et contour flou. Je m'arrêtais sur le bitume noirci par les flammes, le tapis d'éclats de verre crissait sous mes semelles.
La journée était mauvaise, les coffres baillaient, désespérément vides. Tels des naufrageurs d'un nouveau genre, cck et son compère observaient le flux de la circulation. Après une brève conversation, je m'estompais.

jeudi 22 février 2007

la morsure

Le chien déterre un à un les os cachés par son prédécesseur dans le jardin. Il me les apporte aussitôt, la truffe salie mais l'oeil humide de défi, narquois oserais-je dire. Je ne manque bien évidemment aucune occasion de le récompenser. En fin limier il m'épie, attendant que je me trahisse en lorgnant du côté de la pelle.

Dans l'attente de la morsure, je construis mon ennemi.

vendredi 1 décembre 2006

emeth

Je jetais les outils et me hâtais de rentrer chez moi. La haine est mauvaise conseillère dis-t-on. Soit, laissons-là se développer, se concentrer, s'aiguiser. Le ventre noué, les dents serrées, je m'attelais à la première tâche : pétrir les soldats de glaise.
Des larmes de rage obscurcissent ma vision, les larmes sont le ciment du monde. Un à un arrivent mes amis d'argile, au modelé informe, caricatures du choix funeste des non-hommes. De l'étape suivante je ne dirais rien. Enfin, je contemple mon oeuvre, pris de tremblements incoercibles. De la haine à la joie !
L'aube se lève et dévoile la supercherie, le souffle froid du golem me caresse les paumes. Aura-t-il la force ?

samedi 21 octobre 2006

rituel dodo

Chaque soir je tentais de retarder l'inévitable rituel, les yeux écarquillés sous une lumière crue. Le sommeil viendrait me prendre et je basculerais dans l'autre monde et ses écoeurantes activités. La peur m'avait dicté un stratagème.

Je m'éveillais haletant, emmailloté de la tête aux pieds dans un drap, comme momifié. Pris de panique, je peinais à me libérer du linceul. La texture du rêve avait gagné en intensité, l'objet du désir était à portée. Je ne devais pas flancher, la nuit prochaine serait sans doute l'ultime.

Toujours ces traces noires, flammes de suie qui traversent l'espace. Le chatoiement fuligineux m'inonde soudain. Le noir est total, absolu.

Le désir a tué le plaisir.

lundi 2 octobre 2006

la ville aux 1000 boucheries

Tentaculaire, la ville s'était étirée anarchiquement le long de ses voies de communication. Point commun à tous ces axes d'expansion : la boucherie / charcuterie. Pas un bout de ruelle qui n'avait son étal ! La ville ne semblait pas s'offusquer des chapelets de viande, carcasses et flots d'entrailles qui encombraient ses trottoirs coagulés.
Une étrange amnésie frappait tous les habitants, faisant craindre une proche catastrophe. Le bétail allait bientôt manquer, l'heure des vaches maigres sonner. Et après ? Des solutions monstrueuses étaient évoquées sous le manteau, de celles que personne n'ose cautionner, souvent évoquées à l'humour truelle, mais qui, un jour, deviendront respectables.
En cet instant, je mange une salade, c'est (encore) toléré sinon autorisé.

dimanche 1 octobre 2006

et mon tout est un dieu

Adossé aux moellons de l'aqueduc, j'entendais résonner le bruit des sabots sur le pavé disjoint. Le caniveau, encore luisant après une pluie torrentielle, avait ravalé ses immondices.
Le centaure s'avança enfin, majestueux. Son pelage raviné d'ocres sales empestait le mauvais alcool. L'oeil fixe et vitreux me jaugea, évaluant mes défenses. Brutalement, avec une rapidité insoupçonnée, la montagne de muscles chargea. Le filet d'acier stoppa net cet élan formidable et resserra inexorablement ses mailles, entaillant la peau et la chair. Le centaure éructa des filets de bave rosâtre, ses yeux me transpercèrent de leur haine implacable.
Ce soir je séparerais l'humain de l'animal, le subtil de l'épais. Sur les arches, la psalmodie avait commencé.

mardi 19 septembre 2006

la bocca di leone

Le quartier, pourtant avenant, s'était lentement dépeuplé, ses habitants tour à tour frappés de malédiction ou d'infamie.

En cette radieuse journée, le premier rayon de soleil m'a tiré de ma somnolente béatitude. J'engloutis un copieux petit déjeuner, l'esprit léger. En franchissant le seuil, je rencontre le voisin et sa famille. Nous devisons gaiement sur ce printemps précoce, l'avenir de ses enfants, la réfection de sa toiture.
Cette rencontre m'a excité, je hâte le pas et traverse le parc bruissant d'insectes. Je monte les quelques marches moussues et franchit la grille. Sur mon coeur le pli s'est réchauffé, il glisse avec un crissement soyeux dans la gueule du lion.

Je me retourne et hume l'air vif, de pollens chargé. Cette journée en annonce de plus belles.

samedi 19 août 2006

charaign'

Le chat pourchasse l'araignée sur le carrelage, sa patte s'abat régulièrement sur l'arachnide d'un toucher souple et retenu. Le duo disparaît dans une zone d'ombre mais je devine du regard leurs pérégrinations. J'étends mes doigts, restés crispés, le temps m'est compté. J'enjambe le corps encore chaud et le traîne dans la cave dont je referme soigneusement la porte. Enfin, je m'éloigne silencieusement.

lundi 3 juillet 2006

la bérézina des napoléon

Au village, le temps des cerises était venu, et avec lui son cortège d'horreurs. Après une ventrée de fruits, les langues irritées se délièrent et le fameux magot de la vieille, caché dans son coussin de noyaux, revint sur le zinc du comptoir.

Cette nuit là, une silhouette virevolta autour de la maison, pénétra par un soupirail et, sans un bruit, atteignit la chambre de la vieille dame solitaire. Un silence sépulcral y régnait et l'intrus, décontenancé, mis un temps à se rendre compte de l'absence de respiration de sa victime. C'était son jour de chance !
Au comble de l'excitation, le coeur battant la chamade, il repousse le corps, s'empare du coussin et l'éventre d'un coup de couteau. Une pluie de noyaux se répand sur les draps souillés, ainsi qu'un sac de toile maculée qu'il déchire à mains nues.
Le sac dégorge une pluie de phalanges et, à ce moment précis, la lumière illumine la pièce.

dimanche 2 juillet 2006

ode au silence

Haro sur la musique, champ de bataille obscène,
Mort à la parole, arme de pourrissement et véhicule d'agression,
Sus à l'humour, dépeceur d'innocence,
Bienvenue au silence intrépide, buveur d'âmes et pourfendeur de communicants,
Unifions la semence et le fruit,
Pour l'éclosion d'un nouvel espoir.

lundi 26 juin 2006

morituri te salutant

La place, écrasée de chaleur, était déserte. Les villageois s'étaient réfugiés derrière leurs murs blancs pour échapper à l'atroce chaleur qui sévissait depuis plus d'un mois. La vie oscillait entre réserves d'eau fraîche à l'aube et palabres à la nuit tombée, jusqu'au jour de la visite.

A l'ombre minimale, au coeur de la fournaise, le bruit de pas enfla pour devenir assourdissant. Et chacun de regarder avec curiosité, inquiétude ou terreur le centre de la place. Face à la fontaine, l'inconnu(e) s'était arrêté(e) et restait immobile.
L'eau rugissante accapara toutes les pensées, le spectre du tarissement, irrationnel, surgit dans nombre d'esprits et certains envisagèrent même une action musclée. Mais l'obscurité grignota la lumière, et avec elle la silhouette qui disparut sans que quiconque le remarque ! L'escamotage parfait ...

A la nuit tombée, autour du point d'eau, force points de vues furent exposés, raillés ou approuvés. A l'aube le fond de la fontaine fut exploré, mais pour y trouver quoi ? Le temps passa mais le malaise persista. Que s'était-t-il donc passé ? Qui ou quoi était venu ? Pourquoi ?
La singularité avait échappé à tous, il ou elle n'avait pas bu.

samedi 3 juin 2006

octopus killer

Une immense fatigue m'assaille sur le chemin du concert. Terrassé, je m'assieds au fond de la salle et, sur scène, l'homme s'effondre sur la chaise. Une bordée d'air frais me réveille, nous sommes sur le chemin du retour, D. conduit en silence. La route, enfoncée d'un mètre par rapport au talus, est bordée sur ses deux flancs d'une rangée de chênes centenaires. Le pavé irrégulier secoue sans ménagement ce qui me reste de conscience.

Soudain, le fantôme surgit du presbytère et se met à planter de grands coups de couteau rageurs sur le capot. J'observe la danse de l'intrus qui, dépouillé de ses dernières possessions, hurle sa rage. Je savoure chaque seconde ou millier d'années, l'élastique du temps est prêt à rompre.

Enfin, nous débouchons sur la rue principale, déserte à cette heure. D. évite un lancer de plaque d'égout qui se perd dans la nuit dans un bruit apocalyptique. J'ouvre la portière, l'escalier abrupt est à sa place. Je le grimpe allègrement, entouré de fourrés aux senteurs indescriptibles. En contrebas, une dizaine de spots lumineux crèvent la nuit et s'acharnent à en dévorer la chair. Ce ne sera pas pour cette fois encore ...

vendredi 12 mai 2006

à tous les mécréants

Mes pieds foulent le long ruban de braise incandescente. L'épouvantable chaleur est palpable, mais j'ai la sensation de marcher sur un matelas de coton d'une douceur extrême. J'oublie les regards horrifiés, les reflets de chair qui grésille, cloque et boursoufle, et continue mon chemin.

mercredi 10 mai 2006

le vestibule des lâches

La vie s'écoulait, paisible. Les deux lignes de force, guelfes et gibelins, surgies de nulle part, allaient bientôt s'affronter sans pitié. Le choc aurait des conséquences incalculables sur l'avenir et le passé de ce monde. Courtisé de toutes parts, j'hésitais sur la conduite à tenir. Attiser les haines, jouer le pourrissement, ignorer les belligérants, prendre parti, descendre dans l'arène ? Le temps pressait et ton absence se faisait cruellement sentir. Je choisis mon camp, le mien, et m'invitais au vestibule des lâches.

dimanche 7 mai 2006

7°C

Mon réfrigérateur est hanté, la diode externe affiche toujours le chiffre 7. Plus étrange encore, son contenu est invariable, figé pour l'éternité ! J'ai beau consommer ou ajouter des aliments, rien n'y fait, j'y trouve les mêmes denrées inconnues ou que je sais avoir déjà consommées. A chaque ouverture une odeur me prend à la gorge, tantôt écoeurante, tantôt sublime. Aujourd'hui, j'ai décidé de percer son secret, j'ai débranché la prise secteur.
Après une longue attente dans la pénombre, le 7 s'éteint avec un clignotement convulsif, un épais silence prends corps et une sueur glacée recouvre mon épiderme. La porte semble se gondoler suite à une poussée intérieure et un vacarme assourdissant, prémisse de dangers, s'amplifie. Ma main se crispe en vain sur la poignée, impossible d'ouvrir la porte. La date fatidique apparaît alors sur l'afficheur.

mercredi 19 avril 2006

anima limina

L'arme du crime est cachée dans le corps de la victime. Entre narghileh et alcool de figue, j'étudie toutes les possibilités de l'atteindre. Quelle parole prononcer, quel geste affirmer, quel acte glorifier ? Extrême fragilité du moment où la tension investit toutes les ramifications de la pensée. Enfin, les portes de l'esprit s'ouvrent.
La réalité est une planche pourrie, j'en taille des allumettes et cache l'arme au milieu des viscères.

dimanche 26 février 2006

déjà-vu

Au bas de chez moi, dans le caniveau, gisait le cadavre fracassé d'une chouette. Son duvet blanc nacré et argent était agité par une légère brise. Une noblesse émanait de son ultime posture, contrastant avec les. vrombissements, pétarades et contournements des piétons.
La veille, également en pleine ville, la même vision m'avait étreint.
Le début d'une hécatombe de chouettes, victimes d'une alliance objective entre lampadaires et véhicules ? Un gang aux sarbacanes ? Un message personnel ?
Je n'aurais pas dû me moucher si fort, quelque chose a craqué sous mon crâne.

vendredi 3 février 2006

l'homme de laine

Aujourd'hui, j'ai rencontré l'homme de laine, le dernier de son espèce.

Sa poignée de main, chaude, douce et ferme à la fois m'a surpris. Fasciné, je l'ai observé tout en devisant de notre avenir. Son corps est un patchwork de laines éclatantes, sans accroc ni raccommodage visible.
L'extrémité d'un fil dépasse, ai-je remarqué, amusé. Il m'a souri et j'ai compris son défi. Tirer sur le fil dévide sa vie jusqu'à son commencement. Nous nous sommes quittés joyeux et sereins.

Au réveil, mes mains sont maculées de sang séché et de poils de laine. J'examine mes vêtements, ils présentent les mêmes traces. Peluche connexion ? Je me refuse à chercher une explication rationnelle.
J'imagine la couture d'une plaie étendue à l'ensemble du corps, les aiguilles perçant la peau et la chair, l'enfilade des fils de laine, le serrage des mailles.

Aurais rencontré l'homme tricoté, le premier de son espèce ?

samedi 28 janvier 2006

les yeux noirs

La bise glaciale transperce mes vêtements, mais je n'ai pas froid. Les rues sont quasi désertes en cette cette fin de matinée. Je croise le regard d'une jeune fille, ses orbites s'ouvrent sur un noir insondable, nul éclat, nul reflet ne s'en échappe. Je me sens aspiré et rompt brutalement le contact.
Alarmé, je presse le pas et me dirige vers un groupe, quatre paires de trous noirs s'orientent dans ma direction. Je m'approche d'une vitrine et observe des yeux bruns mâtinés de vert et jaune. Ouf !
De retour chez moi, ce souvenir me hante, qu'est-t-il arrivé à ces gens ? Ou est-ce moi ? Je scrute en silence mon visage. Nez, bouche, oreilles, tout y est. Aucune disgrâce, aucune infamie, rien qui ai pu conduire ces personnes à m'ignorer.
Soit, demain la vérité éclatera, demain je leur demanderais la couleur de mes yeux.

dimanche 22 janvier 2006

la mémoire de l'ombre

Tapie, guettant sa proie, sûre de son fait, la mémoire de l'ombre m'attendait à la cave. A maintes reprises je l'avais à la fois nourrie et savourée, me délectant alors de sa substance et me vautrant dans l'immoralité.

La lutte fut rude entre les éclats de mémoire. Enfin, au bord de la nausée, je plaque la paume de mes mains sur le mur rugueux et observe la transformation. Sur la couverture noire craquelée apparaît un visage bleuté semblant constitué de cire dont la liquéfaction s'est arrêtée, pétrifiant ses traits dans une infinie douleur. Un appel au secours ? Une demande de grâce ?

Je n'y tiens plus, j'emporte comme un voleur le fruit de mémoire et vais l'exposer en pleine lumière.

samedi 14 janvier 2006

2006

En cette douce nuit du nouvel an, après les agapes rituelles, l'excitation m'avait maintenu éveillé dans mon lit. Mû par une soudaine inspiration je me levais et allait observer la nuit. Je ralentis les pulsations de mon coeur et savourais l'air froid.
A mon retour, la place est occupée, par moi-même. Je rêve, il rêve, nous rêvons ? Quelle est cette nouvelle farce ?

Je m'observe en silence, je parais endormi et serein, ma respiration est profonde et régulière. Ma conscience m'échappe, elle se dissout lentement tel un morceau de sucre dans une tasse de café. Je m'agrippe brusquement à mon second moi, il geint mais ne se réveille pas. Soit, adieu l'ami, je m'en vais créer ma propre réalité.

La route est vierge de traces, le tracé serpente entre les murs abrupts de la gorge. Les arbres cristallisés, les cascades pétrifiées sont magnifiques. Un étrange oiseau s'envole à main gauche, sur son plumage je crois voir apparaître un nom connu.

dimanche 8 janvier 2006

art libre

Enfin terminé !
L'objet est singulier, de multiples appendices terminent un enchevêtrement de rubans de möbius en folie, le toucher est dur et sec, la surface brun foncé se laisse rayer à l'ongle. Il tient debout en différentes positions, prenant à chaque fois des postures humanoïdes. La lumière joue entre les langues de matière, j'en brise -difficilement- une et la mâchouille en déposant la sculpture sur le réfrigérateur. La matière première va bientôt faire défaut !
Dur métier que celui de sculpteur sur viande.

dimanche 4 décembre 2005

les ciseaux

Dans un tiroir gît, oubliée, une paire de ciseaux.
Combien d'artères tranchées ? De giclées assassines ? De cris d'excitation ? Les souvenirs se bousculent.

Les mains crispées, douloureuses, enregistrent les derniers spasmes, les dernières pulsations de vie. La tête retombe, flasque, dans le seau ou s'égoutte le sang. La chaleur au contact du plumage ébouillanté. Les gestes mécaniques, rituels, menant du statut de dépouille à celui, honorifique, de plat du dimanche.

Les ciseaux sont légers, le métal légèrement oxydé. Inutilisés depuis trop longtemps, je les jette.

le plus beau cadeau qui soit

En cette douce nuit, les cris avaient cessé.
Émerveillé par la nouvelle vie, chacun désirait lui apporter le meilleur. En secret, tous avait trouvé ce qui rendrait les autres fous de jalousie et, surtout, marquerait le début de leur influence. Les douze coups de minuit sonnèrent le début de l'hallali. Les visites se succédèrent jusqu'à l'aube, déposant par strates le meilleur de ce monde.
Au matin, le soleil illumina le champ de bataille. Sous les offrandes, étouffée, la vie s'était tue.

vendredi 2 décembre 2005

mémoire de la pierre

Le sommeil tarde à venir et je presse mes paupières contre mes globes oculaires, provoquant les visions. J'entends alors le clavecin. Mon attention est capturée, chaque note est le prémisse de délices à venir. L'une après l'autre les sonates ravinent mon crâne, bientôt rendu aussi mince et fragile qu'une coquille d'oeuf.
Le temps se déroule maintenant à rebours, je recherche l'origine de la musique dans toute la maisonnée. Les notes semblent sourdre des murs, étrange mémoire de la pierre. Sur le clavecin, les loirs dévorent les figues oubliées.

samedi 26 novembre 2005

larmes de miel

D. enterrait son quatre heures, une fois le trou rebouché et la terre tassée nous repartons vers l'ancienne carrière. L'endroit est dangereux, fondrières et mares se partagent de sinistres histoires. Le coucher du soleil nous surprend en pleine capture de têtards, enfoncés jusqu'à mi-cuisses dans l'eau fangeuse. Au retour, l'alchimie a fait son oeuvre dans le cimetière. Les occupants sont sortis et errent sans but dans l'enceinte close. Des squelettes de chocolat enrobés de confiture forment une ronde obscène autour du mausolée. Nous sautons dans l'arène, le jeu peut enfin débuter !
Je fracasse deux crânes l'un contre l'autre, ronge une côte de pain d'épices beurrée, crochète toutes les framboises en orbites. D. n'est pas en reste, nageant nu dans une mare informe à l'odeur de menthe fraîche et d'anis. L'aube venue, fatigués du carnage, nous quittons le terrain dévasté poursuivis par une meute de râles agonisants.
Une larme de miel coule sur ma joue.

mercredi 23 novembre 2005

gravitation

Le grenier était une mine inépuisable de découvertes. Son côté nord, entièrement ouvert, donnait sur une cour interne ou gisait la carcasse d'une traction avant. La contemplation instructive du plafond et de ses toiles d'araignées avait balayé de ma tête les douleurs lancinantes.
Soudain, près du bord m'apparut un rat juché sur une pierre. La pierre n'y était pas la veille j'en aurais juré ! Le rat me regardait effrontément, intelligemment ? Viens, prends la pierre, n'aie pas peur ... Moi, avoir peur d'un rat, quelle idée saugrenue !
Je m'approchais donc, le rat s'écarta et je pris la lourde pierre entre les mains. Je l'observais attentivement, ni marque ésotérique, ni chaleur interne, rien. Un vulgaire caillou. J'aurais dû me méfier mais jetais un regard ironique au rongeur, celui ci agitait ses moustaches. Imperceptiblement, mes doigts synchronisèrent leur rythme avec ces dernières, dansant sur la surface de pierre. Jongleur asservi, je m'approchais du bord à en tomber. Loin en dessous, D. ferraillait dans un moteur éventré.
Dans un éclair de lucidité, je compris le jeu du rat. Obéir à un rat, foutaise ! Vérifier une loi physique alors ? Oui, voilà une justification acceptable. Mes mains s'ouvrirent et je lâchais la pierre.

la moustache

Le bébé avait encore vomi durant la nuit, et ce depuis le déménagement, soit cinq semaines. Les médecins se perdaient en conjectures, le rôle du coupable étant tenu par une bactérie, un coup de froid, un coup de chaud, une allergie ... Le bébé lui se portait comme un charme, vorace en diable.
Cette nuit je veillerais, et ne m'endormirais point !
Un crissement strident, une ombre ondulante me firent dresser les cheveux sur la tête. A la lueur du feu, j'aperçus le rat. D'un bel acabit, il trotta tranquillement jusqu'au carton qui tenait lieu de berceau, s'arrêta un instant pour écouter le craquement du bois. Je décidais de me tenir coi.
L'animal se décida enfin et s'approcha du visage joufflu du bébé. La pénombre m'empêcha de voir précisément ce qu'il se passa ensuite mais au final le rat se délecta goulûment de vomi.