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samedi 27 mai 2006

le diable à l'haleine de comté

L'endroit était hanté par un ancien dieu déchu. Intrigué par le mystère entourant cette révélation, je me hâtais de visiter l'endroit, d'innombrables et délectables surprises m'y attendaient.
Au cinquième jour je fus contraint de défendre ma mort. Armé d'une râpe étincelante, le maître des lieux désirait m'ajouter à sa brochette de trophées. Homérique, titanesque, les mots me manquent pour décrire le combat qui suivit. Quoiqu'il en soit, je ne saurais oublier cet instant où, face contre face, j'avais soutenu l'haleine de la bête.

Je me fends et le perce tant et si bien que bientôt nous pataugeons dans une marée de vers. Cela ne semble pas l'affecter, bien au contraire, une telle énergie ne peut périr songeais-je un instant, démoralisé. Pris d'une soudaine inspiration, je tranche un morceau du monstre bicéphale et le pique au bout de ma lame. Quelques touches plus tard, la victoire est mienne. Stupéfait, je regarde, bouche bée, le simple morceau de fromage palpitant, superboutdecomté !

lundi 15 mai 2006

les affres du blogueur

Éveil et endormissement, moments d'extrême sensibilité où les plus improbables billets prennent corps.
L'odeur fétide du plagiat, de la redite vous prend à la gorge, mais toute propriété n'a-t-elle pas commencée par un vol ?
L'angoisse du vide s'invite au festin, je laisse s'épancher le flot des pensées, n'y prêtant aucune attention. Seul le sentiment, dépouillé de toutes ses scories, a mon assentiment.

dimanche 14 mai 2006

un étron dans le ciel

Des insectes exposant leurs viscères, une pluie de déjections volatiles, des crottes à perte de vue. La conclusion s'imposait, je conduisais une balayette dans un égout à ciel ouvert. Un ciel au beau milieu duquel trônait un étron radieux.

Je m'arrêtais sur le bas-côté, levais un poing rageur vers l'astre putride et urinait contre l'arbre.

samedi 13 mai 2006

le dixième cercle

A l'aube du dixième cercle, tous sont là, un coin du voile va se lever.
Je ne m'attends à rien, mais la faim demeure et tout est possible. Chacun disparaît tour à tour, décochant un trait de néant et d'oubli dans la toile de mon existence. La lumière étend son emprise et, soudain, je me retrouve nu. Tout reste à faire.

jeudi 11 mai 2006

sous la glace, le volcan

Une vielle caisse sans fond occupait le centre de la pièce principale. A l'intérieur, des débris innommables, vestiges de repas et d'excréments, recouvraient le sol de ciment. L'air humide et pestilentiel était chargé de peur et d'angoisse, je me hâtais d'ouvrir les fenêtres. Bientôt l'endroit serait reloué, les derniers remugles disparaîtraient avec l'incinération de la caisse.

mercredi 10 mai 2006

le vestibule des lâches

La vie s'écoulait, paisible. Les deux lignes de force, guelfes et gibelins, surgies de nulle part, allaient bientôt s'affronter sans pitié. Le choc aurait des conséquences incalculables sur l'avenir et le passé de ce monde. Courtisé de toutes parts, j'hésitais sur la conduite à tenir. Attiser les haines, jouer le pourrissement, ignorer les belligérants, prendre parti, descendre dans l'arène ? Le temps pressait et ton absence se faisait cruellement sentir. Je choisis mon camp, le mien, et m'invitais au vestibule des lâches.

lundi 8 mai 2006

au delà du seuil

La pierre, unique dent saillante dans une bouche de terre, semblait me guetter. Je la pris comme repère et amorçait la manoeuvre de marche arrière. Je calais, puis reculais de nouveau légèrement, pestant contre ce champ mou. Je croyais avoir enclenché la marche avant mais je reculais encore. La pierre, de lointaine, était devenue terriblement proche. Devant moi, une ornière de boue me suggère de reculer encore un peu. J'exécute la manoeuvre en me retournant pour fixer la pierre, qui semble s'être encore rapprochée. J'avance enfin mais le rayon de braquage est trop court et m'interdit de repartir sans escalader l'autre bord du chemin. Énervé, je décide de m'éloigner d'un grand arc arrière en évitant la pierre que je ne vois plus, trop proche sans doute. J'enclenche donc lentement la marche arrière, percevant la pierre sur ma gauche, et accélère à fond pour me dégager largement de ce piège. Le choc me surprend totalement, la pierre est heurtée de plein fouet au beau milieu du pare-chocs arrière. Ulcéré, je descends de voiture, de la pierre fissurée s'échappe un filet d'écume blanche. Au loin, j'aperçois le ruban herbeux du chemin.

dimanche 7 mai 2006

7°C

Mon réfrigérateur est hanté, la diode externe affiche toujours le chiffre 7. Plus étrange encore, son contenu est invariable, figé pour l'éternité ! J'ai beau consommer ou ajouter des aliments, rien n'y fait, j'y trouve les mêmes denrées inconnues ou que je sais avoir déjà consommées. A chaque ouverture une odeur me prend à la gorge, tantôt écoeurante, tantôt sublime. Aujourd'hui, j'ai décidé de percer son secret, j'ai débranché la prise secteur.
Après une longue attente dans la pénombre, le 7 s'éteint avec un clignotement convulsif, un épais silence prends corps et une sueur glacée recouvre mon épiderme. La porte semble se gondoler suite à une poussée intérieure et un vacarme assourdissant, prémisse de dangers, s'amplifie. Ma main se crispe en vain sur la poignée, impossible d'ouvrir la porte. La date fatidique apparaît alors sur l'afficheur.